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"La mauvaise rencontre" de Philippe GRIMBERT

Marie-Laure HAYES  Cabinet de Psychothérapie - La mauvaise rencontre de Philippe GrimbertLoup et Mando sont amis depuis toujours. Des jeux d’enfants aux enthousiasmes adolescents, ils ne se sont jamais quittés, faisant ensemble les quatre cents coups. 
Puis, dans le désordre universitaire des années 1970, l’un choisit le droit, l’autre la psycho, et leurs chemins se séparent.
Résumée en quelques lignes, l’intrigue du nouveau roman de Philippe Grimbert semble avoir la légèreté d’un trait de plume. Mais ne pas lui prêter le talent de nous tenir en haleine serait mal connaître le psychanalyste, auteur notamment d’"Un secret". 
Loup est le narrateur. Il semble être l’élément fragile de ce couple amical, le plus inquiet, le plus faible : « Mando mon meilleur ami. Mando l’intransigeant avec qui je partage tout, depuis les premiers jeux au parc. Mando qui ne me laisse jamais m’éloigner des idéaux que nous nous sommes fixés, qui pointe mes faiblesses et dont je crains le jugement. Mando et sa force sur laquelle je m’appuie quand, si souvent, le courage me manque. »
Sauf que Mando se met à avoir des accès de délire qui laissent Loup totalement désarmé. Lui reviennent alors en mémoire les mots de l’un de ses professeurs – sous les traits duquel il est aisé de reconnaître Jacques Lacan : « Tous les tabourets n’ont pas quatre pieds, il y en a qui tiennent avec trois. Mais alors, il n’est plus question qu’il en manque un… » 
Et Loup comprend brutalement qu’il a été, toutes ces années, le « troisième pied » du tabouret de Mando.
Quelle responsabilité portons-nous à l’égard de nos amis ? Pire, quel rôle inconscient nous font-ils tenir ? Et devons-nous le conserver dès lors que nous l’avons compris ? Philippe Grimbert nous offre ici des réponses dérangeantes. Émotion garantie.  

Extrait : 
Mando : « Loup, je vais mourir demain. » 

Loup : « Tu as quelque chose de grave ? » 

Mando : « Je préparais la révolution avec mes camarades, mais j’ai été chargé d’une autre mission. Les transformations ont commencé il y a un mois environ. Ca a d’abord gagné mon front. Regarde, la peau est transparente. Et ensuite, ça a gagné ma main gauche, la peau s’est allongée, c’est déjà plus une main humaine. Ce sera comme une sorte de mort, un hôte est en train de prendre possession de moi, Loup. Chaque nuit, il fait de moi son double, si tu voyais comme c’est beau. Mais ces derniers temps, le phénomène s’est accéléré, mon visiteur est pressé, il ne peut plus attendre. Le rendez-vous est pour demain. Demain, il fera de moi son double.Je voulais que tu sois le premier à l’apprendre. Tu te souviens de notre pacte ? » 

Loup : « Notre pacte ? » 

Mando : « Ce qu’on s’était dit au Père Lachaise, il y a longtemps. » 

Loup : « Qu’est-ce qu’on s’était dit ? » 

Mando : « Le premier de nous deux qui passe de l’autre côté fait un signe à celui qui reste. Ce soir, je suis venu te faire un signe, je suis venu te dire adieu. » 

Loup : « Mando, je peux te demander quelque chose ? Est-ce que tu peux demander à ton visiteur de patienter encore un peu ? J’ai besoin de comprendre ce qui t’arrive, et pour ça, j’ai besoin d’un peu de temps. Est-ce qu’il va nous l’accorder, en souvenir du passé ?» 

Mando : « Je vais lui demander d’attendre un peu alors. Promis. »  

Loup confie l’entretien à son professeur : 
Loup : « L’autre jour vous avez dit : on ne devient pas psychotique, on l’est. Vous avez même ajouté, n’est pas fou qui veut. Vous avez aussi dit que l’apparition des symptômes était le fruit de ce vous avez appelé la mauvaise rencontre. C’est quoi exactement la mauvaise rencontre ? » 

Le prof : « Pour celui qui n’a jusque-là eu aucun trouble,  ce serait par exemple le fait de devenir père ou l’accession à un poste de responsabilité. Pour un autre, ça pourrait être une rupture amoureuse ou amicale. Vous savez, tous les tabourets n’ont pas quatre pieds, il y en a qui tiennent très bien avec trois. Mais alors, il n’est plus question qu’il en manque un… Cela devient alors très grave. Avez-vous été ce troisième pied qui soudain a fait défaut ? Vous avez été un bouclier contre la folie d’un autre et maintenant, vous avez cessé de l’être, c’est bien ça ? » 

Loup : « Oui, que dois-je faire maintenant ? » 

Le prof : « Ne pas le lâcher, quoiqu’il vous en coûte, l’obliger à parler, à tout dire, à tout sortir, et surtout l’écouter, l’écouter, écouter, de toutes vos forces, jusqu’à l’épuisement. Il faut recueillir son récit. Pour sauver un psychotique, il faut devenir son scribe. » 

Loup : « Ne pas le lâcher, devenir son scribe… Merci professeur. »




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